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À Paris, les bars et restos remballent amèrement leurs "terrasses éphémères"

Publié le

par Konbini Food

© Lucas Barioulet/AFP

"Je ne gêne pas, je veux juste travailler."

À Paris, les extensions de terrasses, qui ont fleuri depuis la crise sanitaire, doivent officiellement disparaître, et ce jusqu’au prochain printemps. Mais de nombreux établissements restent dans l’attente d’une autorisation permanente, dans un contexte où beaucoup ne respectent déjà pas le règlement.

"J’attends de voir si les autres l’enlèvent." Près des Grands Boulevards, Béatrice a bien demandé à pouvoir conserver sa petite terrasse "éphémère" toute l’année, possibilité désormais offerte par la mairie sur des places de stationnement. Faute de réponse au 1er novembre, la gérante du Bogory’s Café enlèvera probablement le platelage en bois "le week-end prochain" pour l’entreposer dans son garage en Seine-et-Marne.

Elle n’est pas la seule dans ce cas : sur les 1 200 demandes de pérennisation annuelle, 500 ont été refusées et environ 100 acceptées à ce stade, indique Olivia Polski, adjointe PS au commerce de la maire de Paris Anne Hidalgo. Ce qui laisse une moitié de cafetiers et restaurateurs dans l’inconnu, à l’heure où les terrasses dites "estivales" doivent être remballées jusqu’au 1er avril 2022 selon un nouveau règlement entré en vigueur le 1er juillet. 

Entre vingt et trente inspecteurs de la direction de l’urbanisme, très sollicités, "rappellent un par un" les établissements aux dossiers parfois incomplets ou retoqués par le maire d’arrondissement, défend Mme Polski, qui promet une "réponse dans les semaines qui arrivent".

"Je ne gêne pas, je veux juste travailler"

Pour Nicolas, un militant du Collectif Terrasses_75, pour lequel les extensions ont grignoté plus de 150 000 m2 d’espace public, "la mairie n’est pas du tout capable de gérer cela. Elle a ouvert une boîte de Pandore qu’elle n’est pas capable de refermer".

Patron du restaurant Le Mesturet et président de l’Association française des maîtres restaurateurs, Alain Fontaine n’a pas non plus reçu de réponse à sa demande de pérennisation de sa contre-terrasse végétalisée, formulée en juin. En revanche, il a reçu cette semaine un courrier "comme quoi on devait la démonter", s’agace-t-il.

Un outil de travail qui lui "a sauvé la vie" après les confinements, mais a coûté 5 000 euros. "Je suis parti pour la laisser, parce que j’ai un dossier en cours d’instruction, je ne vais pas faire de la menuiserie tous les deux matins", dit encore le chef. En soulignant que, dès lundi, tous les cafés et restaurants paieront la redevance sur les terrasses, dont la mairie les a exemptés depuis le début de la crise… Pour ces restaurateurs qui "pourront montrer qu’ils ont fait une demande", "il y aura une tolérance de quelques jours", dit Mme Polski.

Pour Pascal Mousset, président du Groupement national des indépendants - hôtellerie et restauration (GNI) Paris Île-de-France, "l’embouteillage administratif" permettra aux restaurateurs concernés de "laisser leur installation en place en la maintenant". Et en l’utilisant…

Mais pour les quelque 6 000 demandes de simple renouvellement saisonnier à traiter pendant l’hiver, soit la moitié des 12 000 terrasses éphémères nées de la crise sanitaire sur les trottoirs, places de stationnement, terre-pleins, placettes ou rues piétonnisées, "il n’y aura pas de tolérance" à partir de lundi, assure Mme Polski. Celle-ci évoque des amendes pouvant monter à 500 puis 15 000 euros, avant fermeture administrative.

"Rien à perdre"

Pour l’instant, Kamel n’a pas l’intention de ranger ses huit tables supplémentaires. Ce gérant d’un bar du Faubourg-Saint-Denis, une artère très vivante du centre de Paris, les étale le soir sur le trottoir, devant les devantures des commerces voisins fermés, et dépasse allègrement l’obligation de fermeture à 22 heures. "Je ne gêne pas, je veux juste travailler", plaide-t-il, en disant n’avoir "rien à perdre" à payer quelques amendes. À cause du Covid, "les gens ne rentrent pas à l’intérieur", argue-t-il encore en montrant sa salle vide.

"Une grosse proportion des bars" ne respecte pas l’horaire de 22 heures, souligne Amélie Terrien, militante du collectif Droit au sommeil et habitante du quartier. Le passage minimum de 1,60 m sur les trottoirs, le cadre esthétique ou l’interdiction de la publicité sur les terrasses sont également souvent bafoués dans un petit rayon de 500 m, comme l’a constaté l’AFP. "Le débordement le plus fréquent qu’on a pu constater, c’est le respect des horaires", reconnaît Pascal Mousset, pour lequel "70 % à 80 % des professionnels" ont respecté le règlement jusqu’ici.

Konbini food avec AFP

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