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Dans les bistrots de Paris, "on ne s’habituera jamais à refouler des habitués"

Publié le

par Konbini Food

© Bertrand Guay/AFP

"Des clients nous font les yeux doux, disent qu’ils ont eu leur première dose. On dit non, on n’a pas le choix."

"Bienvenue, je peux voir votre QR Code ?" Cette question, Lydie Aslanoff, serveuse à l’Auberge des artistes à Paris, a déjà l’impression de l’avoir posée "un million de fois" depuis que le pass sanitaire est devenu obligatoire lundi dans les cafés et restaurants. Sur sa terrasse du très passant boulevard de Ménilmontant, dans le XXe arrondissement, quelques clients ont déjà pris le pli de brandir leur pass avant de s’attabler. D’autres tentent de négocier.

"Des clients nous font les yeux doux, disent qu’ils ont eu leur première dose (de vaccin). On dit non, on n’a pas le choix", explique Sofiane Ioualalen, serveur de ce bistrot de quartier, à la devanture bleue et aux parasols bigarrés. Situé dans le nord-est de Paris, entre le cimetière du Père Lachaise et l’église de Ménilmontant, l’établissement mêle clients fidèles venant chaque matin boire leur petit noir au comptoir et voyageurs en quête de convivialité.

"Je me suis fait tester il y a quatre jours, je peux m’asseoir ?", lance un homme d’une soixantaine d’années dont on devine le sourire sous un masque aux couleurs de l’Algérie. Le voilà recalé dès l’entrée. "On ne s’habituera jamais à refouler des habitués", soupire Sofiane, qui a gentiment empêché d’entrer ce client régulier.

Pour être valide, le pass doit témoigner soit d’un schéma vaccinal complet, soit du rétablissement après avoir été malade de Covid-19, soit d’un test négatif datant de moins de 72 heures. Téléphone prêt à scanner à la main, Lydie Aslanoff, 21 ans, se précipite vers les clients qui s’asseyent, pour vérifier leur pass. "Quand ils ne l’ont pas, c’est un peu gênant de leur demander de partir. Il me faudrait un écriteau qui dise 'C’est pas moi, c’est Macron'" qui l’exige, soupire la serveuse embauchée pour l’été, qui assure refuser "un quart des clients".

Les deux serveurs se disent cependant "prêts à tout pour éviter un nouveau confinement" et ne veulent pas risquer une sanction administrative pour l’établissement en cas de contrôle des forces de l’ordre. La capitale compte plus de 15 000 cafés et restaurants, selon la mairie. Et rue de la Gaîté, dans le XIVe arrondissement (sud), les inspections ont déjà commencé, jeudi : elles ont une "visée pédagogique et non pas répressive" pour le moment et pour encore "une ou deux semaines", précise la commissaire Mirella Sitot.

"Je peux voir votre dispositif de contrôle ?", demande-t-elle aux quatre gérants qu’elle inspecte, avant de glisser : "n’hésitez pas à appeler le 17 si vous avez des clients récalcitrants". Attablée en terrasse à l’Auberge des artistes, Guilaine Brenier, Savoyarde de passage à Paris, explique que présenter le pass, ne lui "pose pas de souci". "Le principal, c’est d’éradiquer ce virus. Ma limite, c’est l’application TousAntiCovid : je ne sais pas si elle peut me 'tracer' alors je préfère montrer une photo de mon code ou un papier", explique cette professeure de musique, dégustant son jus de tomate.

Son mari est un peu plus dubitatif. "Est-ce vraiment nécessaire de montrer ça pour être assis à l’extérieur ?", interroge Julien Gonzales, lui aussi professeur de musique. Installés sur un banc du trottoir d’en face, deux hommes sirotent leurs cafés "à emporter". "Je ne peux pas m’attabler, je n’ai pas de pass. Je trouve qu’on n’a pas assez de recul sur les effets du vaccin", dit Fabien, Parisien d’une trentaine d’années.

Dans le quartier, on trouve toutefois des gérants peu regardants, laissant encore les clients consommer sans rien demander. "C’est une vraie plaie (le pass). Je ne suis pas la police, c’est trop intrusif", argue anonymement un patron de bar. Déjà en vigueur dans plusieurs pays européens, et en France dans les lieux de culture depuis le 21 juillet, le pass sanitaire doit à présent être présenté dans les restaurants, les cafés, mais aussi à bord des transports longue distance ou encore à l’hôpital.

Des mesures contestées dans la rue par une partie de la population : pour le cinquième week-end consécutif, des manifestations auront lieu samedi "contre le pass sanitaire" et "pour la liberté". Près de 237 000 personnes avaient défilé samedi dernier, selon le ministère de l’Intérieur.

Konbini avec AFP

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