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Le blues des restaurateurs face à la fermeture des bars et restaurants

Publié le

par Robin Panfili

© Philippe Lopez/AFP

Le milieu de la restauration traverse "un vrai cauchemar" et peine à comprendre la logique de cette décision.

"Un vrai cauchemar." Redoutant une généralisation sur le territoire de la fermeture totale imposée aux bars et restaurants de la métropole d’Aix-Marseille, restaurateurs et bistrotiers, dont beaucoup luttent pour ne pas mettre la clé sous la porte, ont exigé jeudi de l’État le retrait d’une décision "inique" ou la prise en charge totale de leurs pertes d’exploitation.

"Nous sommes vraiment à bout, c’est une situation de non-retour qui va déboucher sur une casse économique et sociale très importante", a déclaré à l’AFP Roland Héguy, président de l’Umih, principal syndicat du secteur des hôtels, cafés, bars, restaurants et discothèques, au sortir d’une conférence téléphonique avec les représentants du secteur, reçus par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire et le ministre délégué aux PME Alain Griset. De "nouvelles mesures de soutien" sont à l’étude, a indiqué de son côté une source gouvernementale, sans plus de précisions.

"Une décision inique"

"C’est une décision inique de la part du gouvernement qui ne cherche qu’à tenter de cacher son incapacité à gérer la crise", a estimé Franck Trouet, porte-parole du syndicat patronal GNI, qui représente les indépendants de l’hôtellerie et de la restauration. Pour lui, cette situation résulte de "l’incapacité du ministre de l’Intérieur à faire respecter les règles". "Nos établissements, eux, ont dépensé des millions d’euros pour respecter les protocoles, et on veut nous faire fermer ?", s’indigne M. Trouet.

Déjà en grande difficulté financière après le trou financier causé par trois mois d’inactivité au printemps, les professionnels ne décoléraient pas au lendemain de l’annonce que les bars et restaurants des métropoles d’Aix et Marseille, ainsi que ceux de la Guadeloupe, seront contraints de fermer dès samedi, ces régions ayant été placées en "zone d’alerte maximale" à la suite d’une remontée du taux d’incidence du Covid-19. En outre, 11 autres métropoles – Paris, Lille, Toulouse, Saint-Etienne, Rennes, Rouen, Grenoble, Montpellier, Bordeaux, Lyon et Nice – ont été placées en "zone d’alerte renforcée", avec fermeture des bars à 22 heures et limitation des ventes d’alcool.

Faire la fête ailleurs

Si la situation ne s’améliore pas, d’autres métropoles pourraient passer à ce niveau, a prévenu mercredi M. Véran, en citant "Tours, Strasbourg, Dijon et Clermont-Ferrand". Et "si la situation se dégrade encore", de nouvelles villes pourraient être mises en alerte maximale. Ces mesures pour lutter contre un nouvel emballement de l’épidémie de Covid-19, les plus spectaculaires depuis la fin du confinement le 11 mai, ont suscité un mécontentement général à Marseille, où élus et habitants les considèrent comme une "punition", et ont été dénoncées par l’opposition qui a pointé un manque de concertation "inadmissible" du gouvernement.

"Concerter ne veut pas dire forcément tomber d’accord, à un moment le principe de responsabilité doit primer", a rétorqué le ministre de la Santé Olivier Véran jeudi matin lors de son audition par la commission d’enquête du Sénat sur la crise sanitaire. Face à ces mesures radicales, les professionnels du secteur ont demandé jeudi, a minima, de nouvelles aides publiques pour leurs établissements et la prise en charge complète, par l’État, de leurs pertes d’exploitation.

"Les bars et les restaurants ont besoin du soutien de l’État qui doit compenser totalement leur perte d’exploitation", a tweeté le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux. "C’est urgent, car c’est une question de survie", a-t-il estimé. De l’avis des professionnels, la mesure est "injustifiée car les contaminations surviennent dans le milieu privé et familial", a développé M. Trouet. En outre, "c’est discriminatoire, parce qu’on nous stigmatise. Et c’est contre-productif : en fermant nos établissements à 22 heures, on pousse nos clients à faire la fête ailleurs : les plages et bords de fleuves tant qu’il fait beau, et demain les appartements privés".

Konbini avec AFP

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