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Mais pourquoi la Californie arrache-t-elle ses précieux amandiers ?

Publié le

par Konbini Food

© Robyn Beck/AFP

Un "crève-cœur" pour ces arbres qui faisaient la fierté de la région.

"C’est un crève-cœur" : couchés sur le flanc, des amandiers gisent par rangées au milieu de l’exploitation de Daniel Hartwig. Désemparé face à une sécheresse dévastatrice et de nouvelles restrictions d’eau, l’agriculteur californien n’a eu d’autre choix que d’arracher ces arbres "de première qualité". Sous les feuilles jaunies et recroquevillées de ces amandiers morts, on distingue de petites coques brunâtres. La récolte de cette année, si l’eau avait fini par arriver.

À leur pied, les racines ont commencé à prendre la poussière. Le mercure, qui frôle les 40 °C en cette matinée d’été, accélère leur décomposition. Pour le reste, il y a ces énormes machines, qui transforment les arbres en montagnes de copeaux de bois. "C’est un choc si brutal", souffle l’agriculteur, résigné devant ce spectacle macabre. Il est en charge de la gestion de l’eau de la méga-propriété de Woolf Farms, un domaine de plus de 8 000 hectares autour du petit bourg de Huron. C’est la première fois que l’exploitation doit arracher autant d’arbres avant qu’ils n’arrivent en fin de vie.

D’une irrigation au compte-gouttes aux capteurs dernier cri installés à travers la propriété au sol craquelé, tout a été pensé pour optimiser l’utilisation de l’or bleu. Mais les amandiers ont très soif – dans une vallée qui manque cruellement d’eau. Après plusieurs années de très faibles précipitations et un hiver particulièrement sec, les autorités de Californie ont fermé le robinet au monde agricole. En avril, après une série de calculs, il a fallu se rendre à l’évidence : "Il n’y avait pas assez d’eau sur le marché" pour garder tous les amandiers en vie, raconte Daniel Hartwig.

Un ballet de pelleteuses a donc déraciné 150 hectares de ces arbustes, sacrifiés pour assurer la survie des autres. "C’est très douloureux", déplore le cultivateur. Et pour cause, le marché californien pèse près de 6 milliards de dollars par an. Poussé par la demande de substituts aux produits animaliers, comme le lait d’amande, il a doublé en quinze ans, d’après Daniel Hartwig.

La Californie produit 80 % de ces fruits à coque consommés à travers le monde et les amandes de Woolf Farms voyagent aussi loin qu’en Inde ou en Australie… Sans eau, cette ère est-elle révolue ? "C’est une fierté de pouvoir nourrir le monde depuis ici", affirme l’agriculteur devant le champ qui n’est plus. "Mais si nous n’avons pas les moyens de le faire, d’où viendra cette nourriture ?", interroge-t-il.

Les mains enfoncées dans les poches de son jean, il grommelle : "Il y a cette idée reçue selon laquelle les agriculteurs sont là pour gaspiller de l’eau. On nous fait passer pour les méchants", fustige-t-il. Pour irriguer les cultures qu’ils ont réussi à préserver, Woolf Farms pompe de l’eau à plusieurs centaines de mètres sous terre.

En roulant à travers la propriété qui s’étend à perte de vue, Daniel Hartwig pointe une série de champs en jachère. "Presque tout ça aurait été cultivable", assure le fermier au sujet des plants de coton, tomates et blé qui ont fait les frais de la sécheresse. "Maintenant, ce n’est plus qu’un ramassis de récoltes." Il soupire : "On a fait tout ce qu’on a pu."

Konbini food avec AFP

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