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Pourquoi l'interdiction des terrasses chauffées ne fait (vraiment) pas l'unanimité

Publié le

par Robin Panfili

© PIERRE VERDY/AFP

Les restaurateurs dénoncent une mesure prise sans consultation qui pourrait leur coûter très cher en période d'après Covid-19.

D’ici quelques mois, le café en terrasse en plein hiver sera une tout autre expérience. À partir de 2021, les dispositifs de chauffage des terrasses des cafés et restaurants seront interdits. Une mesure qui découle directement des propositions de la convention citoyenne pour le climat, retenues par le président Emmanuel Macron.

À Paris et ailleurs, comme c’est déjà le cas à Rennes, adieu braseros et autres radiateurs au gaz. Des "aberrations écologiques", comme les a décrits la nouvelle ministre de la Transition écologique Barbara Pompili. Rien qu’à Paris, plus de 12 000 établissements disposeraient d’une terrasse chauffée, soit 110 000 vols Paris-New York en termes d’empreinte énergétique.

Mais du côté des restaurateurs, c’est une annonce qui ne passe pas. L’initiative est perçue comme "une mesure destructrice d’activité" par Didier Chenet, président du Groupement national des indépendants de l’hôtellerie-restauration. "Les terrasses, en moyenne, sur l’année, c’est 30 % du chiffre d’affaires des établissements", fait-il remarquer.

Et si la mesure ne doit entrer en vigueur qu’au printemps 2021, le problème demeure pour les mois qui suivent, dit-il. "Est-ce que madame Pompili peut dire que la crise sanitaire sera terminée l’hiver prochain ? Nous l’espérons, mais personne ne sait quand nous serons en mesure de lever les contraintes qui dégradent l’activité du secteur. Il est hors de question qu’on applique une telle mesure tant que la crise perdurera."

"Nous sommes parfaitement conscients qu’il faut faire des efforts en matière d’écologie. Nous avons d’ailleurs fait des propositions en ce sens à la ministre, notamment en ce qui concerne la gestion des déchets. Le président de la République a promis de la concertation et encore une fois, il n’y en a eu aucune. C’est une déclaration qui arrive et puis advienne que pourra, les restaurateurs doivent s’aligner. Ce n’est pas des façons de faire ! L’hôtellerie-restauration, c’est 8 % du PIB. Nous méritons mieux qu’un oukase à appliquer sans broncher."

Du côté de l’Union des métiers et industries de l’hôtellerie (UMIH), c’est le même constat. David Zenouda, l’un de ses représentants, regrette le mauvais timing de cette mesure, compte tenu du contexte actuel. "On trouve que ce n’est ni le moment ni la bonne méthode pour commencer à imposer ce type de décisions. On n’est même pas encore sorti du Covid, qu’il faut déjà mettre une autre contrainte sur le dos des restaurateurs", a-t-il regretté dans une interview accordée à France 3.

"Ce n’est pas qu’un café que les clients boivent en terrasse. C’est un plat, une entrée, un dessert, parfois du vin. C’est du chiffre d’affaires pour les établissements qui, cette année, sont en manque de chiffre d’affaires."

En attendant l’entrée en vigueur officielle de cette mesure, l’UMIH demande l’ouverture de négociations avec le gouvernement et un délai pour trouver une solution de repli. "On veut du temps pour la concertation. On est là pour trouver des solutions. On a tous cette conscience, mais il faut plus nous aider que nous contraindre."

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