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Pourquoi retrouve-t-on des bouteilles d'absinthe cachées dans les forêts suisses ?

Publié le

par Louise Leboyer

© Pontarlier.org

Quinze ans après la fin de la prohibition, le mythe des fontaines à absinthe se perpétue dans le Val-de-Travers.

Pendant près d’un siècle, la vente et la fabrication d’absinthe ont été interdites en Suisse. Tout au long de cette prohibition, une région d’irréductibles distillateurs continuait toutefois leur activité de manière clandestine. Bien que de nouveau autorisée depuis 2005, l’insoumis Val-de-Travers a gardé certaines de ses vieilles habitudes héritées de cette période, comme le raconte Atlas Obscura. 

Considérée comme dangereuse et accusée de "rendre fou", l’absinthe a longtemps été entourée d’un grand mystère. Très populaire au XIXe siècle, notamment chez les artistes comme Van Gogh ou Verlaine, son origine est incertaine mais emblématique de la culture suisse. À Couvet, une mystérieuse Mère Henriod aurait commencé à utiliser l’absinthe au cours du XVIIIe siècle pour soigner certains problèmes de santé.

À la frontière franco-suisse, dans le Val-de-Travers, l’héritage de la distillation de l’absinthe a ainsi alimenté le mythe. Durant la prohibition, hors de question pour les habitants de la vallée d’abandonner la tradition. Comme le rapporte le site spécialisé L’absinthe, "malgré la surveillance étroite de la Régie fédérale des alcools, malgré les dénonciations, les destructions d’alambics et les amendes salées, le savoir-faire ancestral ne s’éteint pas, les recettes originales se transmettent dans des cercles très privés."

Fontaine des Fées, Buttes

Les mystérieuses fontaines à absinthe

Parmi les coutumes devenues symboles de la résistance de la région face à la prohibition : les fontaines froides. Disséminées dans la forêt, ces fontaines froides sont en fait les lieux où les bouteilles d’absinthe étaient cachées. Dans des troncs d’arbres ou sous des petites cabanes conçues spécialement pour elles. Et la réhabilitation de la fée verte n’aura pas eu raison des fontaines.

"Les amateurs d’absinthe qui continuent de conserver ces cachettes secrètes perpétuent leur dévouement au spiritueux dans une tout nouvelle ère. Avec elles, ils espèrent trouver l’équilibre entre les traditions locales et un renouveau moderne de l’histoire."

Yann Klauser, directeur du musée La Maison de l’absinthe à Môtiers confiait à Atlas Obscura : "C’est l’un des derniers vestiges de l’époque où l’absinthe était clandestine, c’est toujours un peu illégal de faire ça, mais c’est quelque chose que nous voulons continuer pour nous."

Une ère rebelle qui a su faire la renommée de la vallée et servir le tourisme local lors de la réhabilitation de l’absinthe. "En 2009, une commission franco-suisse codirigée avec Nicolas Giger, a inauguré le Chemin de l’Absinthe, un itinéraire qui emmène les touristes à travers les distilleries, les villages et auberges dans les vallées où l’absinthe est faite. Le parcours emmène également les touristes voir certaines fontaines historiques.

Depuis l’époque où elle a été interdite, l’absinthe a subi quelques changements et est davantage restreinte par certaines règles. Et en particulier en ce qui concerne la quantité de thuyone qu’elle contient. La molécule, principe actif de l’absinthe accusé de rendre fou, violent ou encore d’être hallucinogène, est aujourd’hui limitée à 35 mg par litre d’absinthe. Avant la prohibition, le dosage de la thuyone était compris entre 250 et 300 mg par litre…

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