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Pourquoi de la vodka distillée avec des fruits de Tchernobyl n’a pas pu être mise en vente

Publié le

par Axel Savoye

© The Chernobyl Spirit Company

La première cuvée de 1 500 bouteilles a été confisquée par les autorités ukrainiennes.

L’été 2020, une équipe de scientifiques a lancé le projet fou de produire des liqueurs à partir de cultures plantées dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, le périmètre autour de la centrale nucléaire encore considéré aujourd’hui comme étant la zone la plus radioactive au monde. Les pommes cultivées à Narodytchi, à 70 kilomètres de la centrale, sont ensuite distillées dans les Carpates ukrainiennes. En décembre, les premières gouttes de la liqueur tant redoutée sortent des alambics et le résultat est une vodka au nom évocateur d’Atomik.

Promise à la commercialisation au Royaume-Uni, la première cuvée de 1 500 bouteilles n’arrivera pourtant pas à destination. Dans un communiqué relayé par la BBC, le professeur Jim Smith de l’Université de Portsmouth qui a mené le projet explique que les bouteilles ont été saisies sur ordre du procureur de Kiev après une enquête des services secrets.

"Il semble qu’ils nous accusent d’utiliser de faux timbres d’accise ukrainiens, mais cela n’a aucun sens puisque les bouteilles sont destinées au marché britannique et sont clairement étiquetées avec des timbres d’accise britanniques valides", explique Jim Smith.

Bourde administrative ou intrigue d’un business thriller ? En tout cas, rien ne permet d’affirmer pour l’instant que la vodka est radioactive. Certes, les chercheurs ont pu trouver des traces de radioactivités dans les pépins des fruits, un peu au-dessus de la limite autorisée par la loi ukrainienne. Mais celles-ci ont quasiment disparu lors de la distillation, rendant la vodka aussi propre à la consommation qu’une autre.

Trois années durant, les chercheurs ont étudié les effets des radiations sur les cultures agroalimentaires. L’étude avait pour objectif de démontrer que les terres autour de la zone d’exclusion pouvaient encore produire de la nourriture propre à la consommation. Les trois quarts des bénéfices de la vente de cette vodka devaient aussi revenir aux villes et aux communautés touchées par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, dont l’économie a été réduite à néant depuis cette nuit du 26 avril 1986.

Pour Elina Smirnova, l’avocate des chercheurs, "les actions des forces de l’ordre ukrainiennes nuisent à la réputation de l’Ukraine en tant que pays ouvert aux affaires". Reste tout de même à savoir si une vodka produite avec des fruits radioactifs aurait eu du succès niveau marketing…

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

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