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On a parlé influence, parcours et bonnes adresses avec Hungry Consti

Publié le

par Ana Corderot

"Je suis constamment dans la recherche de nouveaux goûts, de sensations, je n’aime pas vraiment revenir aux mêmes endroits."

Un lundi après-midi, alors que la joie des terrasses et bars rouverts nous remplissait, Constance m’a retrouvée dans son quartier, dans un café qu’elle avait au préalable choisi. En bonne "influenceuse" food qui se respecte, elle m’avait proposé de la rejoindre dans cet endroit qui l’intriguait. 

Diplômée d’HEC, Constance, aka Hungry Consti, s’est trouvé un réel don et une passion pour dégoter et partager ses bonnes adresses. En parallèle, elle suit une école de théâtre et mène des journées toujours bien remplies. Au fil des années, elle s’est construit un univers food responsable et ultra-varié.

Dans ses vidéos, sa mine sincère et son ton décomplexé ont conquis plusieurs milliers d’abonné·es. Et pour cause, dans la vie comme sur les réseaux, Constance diffuse beaucoup de joie, de bienveillance et de sincérité. C’est notamment l’effet que cette rencontre m’a procuré. Malgré un café latte trop caféiné, notre entrevue m’a passionnée. En repartant je n’avais qu’une envie, c’était d’aller faire des "Food Tours" à ses côtés. 

© Konbini Food

Konbini Food | Salut Constance, peux-tu te présenter ?

Constance | Je m’appelle Constance Lasserre, j’ai 25 ans, on me connaît sur Instagram sous le pseudo @HungryConsti, où je fais des critiques culinaires de restaurants depuis deux ans. Je fais également partie d’un collectif qui s’appelle No Diet Club, qui propose des Food Tours les week-ends sur Paris. Sinon, je suis diplômée d’HEC Paris, et aujourd’hui je suis apprentie comédienne au sein d’une école de théâtre.

Comment ça se passe au quotidien, arrives-tu à tout mener de front ?

Je dirais que ça demande beaucoup d’organisation. Les week-ends, je fais mes Food Tours en journée (le samedi et le dimanche). Pour ce qui est des dégustations, je les fais en général la semaine, les moments où je n’ai pas cours, sur les horaires du midi par exemple. Il faut compter trois à quatre dégustations par semaine, où parfois j’en fais deux par jour. Quelque chose de salé le midi, puis sucré l’après-midi. Sinon, mes cours me prennent quand même 40 heures par semaine, donc c’est assez dense. Je me lève tôt tous les jours, et me couche tard, mais bon je ne me plains pas, j’adore ce que je fais.

Comment procèdes-tu pour tes dégustations ? Tu goûtes tout, tu testes toute seule ou accompagnée ?

Alors j’y vais toujours accompagnée, du moins quand je peux. J’ai déjà essayé seule, avec un trépied pour me filmer, mais je n’aime pas trop ça. Selon moi, tu ôtes tout l’intérêt du partage, tu ne peux pas vraiment échanger sur ce que tu goûtes. C’est pour cela que je préfère être avec quelqu’un. Je varie entre mes potes, mon copain…

Pour ce qui est de la dégustation en tant que telle, on goûte pas mal de plats à deux. Généralement on en prend deux ou trois, pour que je me fasse une idée globale du menu. Mon avis est plus éclairé et constructif lorsque je débriefe. Étant donné que c’est en live, mes réactions sont sans filtre, donc il n’y a pas de triche, je ne peux pas faire semblant. 

Ça ne t’arrive jamais de ne pas avoir faim lorsque tu dois tourner ?

En fait, c’est assez cyclique. Étant donné qu’à force, ça devient un peu mon métier, je ne peux pas me permettre de me rendre malade, donc je me force jamais à tout manger. Même si en réalité, j’ai faim 90 % du temps, il y a des périodes où j’ai envie de choses plus légères, donc dans ces cas-là j’annule mes déjeuners de prévus.

Comme je varie les dégustations, il y a toujours de l’excitation dans la nouveauté. Puis, le fait de partager avec quelqu’un ne me fait pas tomber dans une lassitude. Par contre, lorsque j’ai eu une semaine où je me suis fait un kebab le lundi, une pizza le mardi et un burger le mercredi, c’est clair qu’à la fin je suis un peu remplie. [rires]

Tu y trouves ton compte dans ce que tu fais, tant sur le point financier que personnel ?

Sur le plan personnel oui, je m’en sors. J’ai quand même le temps de voir ma famille, le dimanche par exemple, après un Food Tour, ou mon copain avec qui je vis. Les amies aussi, qui m’accompagnent pour déguster ou pour boire des verres.

Financièrement, je me considère encore étudiante. Je gagne de l’argent avec les Tours mais ça reste un revenu d’appoint. J’ai quelques revenus de mon compte Instagram, mais j’ai dû faire deux partenariats en tout, donc c’est vraiment ponctuel. Je suis en free-lance aussi depuis deux ans. Ça fait des semaines que je réfléchis à mon équilibre financier puisque par rapport à la quantité de travail, ce n’est pas viable sur le long terme. 

Comment fonctionnent tes partenariats, avec les restaurants notamment ?

En général ce sont les restaurants qui me contactent. Ils me proposent de m’inviter avec une personne de mon choix. Je sélectionne parmi ces restaurants, je fais du tri et je choisis ce qui m’attire le plus. Lorsque j’y vais, on m’offre le repas, mais ça s’arrête là. De cette manière, je garde mon indépendance, et j’en parle que si cela m’a plu, car je ne veux pas faire de la mauvaise pub. Je suis vraiment honnête. Les partenariats rémunérés, on m’en a proposé quelques-uns, mais j’essaie au mieux de faire en sorte que ce soit en accord avec mon contenu et mes principes. Donc pour l’instant, ça reste assez minime.

Vous soutenez-vous entre foodies et influenceurs culinaires ?

Personnellement, j’ai plutôt l’impression qu’on se soutient. On réagit, on commente les posts de chacun, mais après on ne peut pas être à l’abri de la malveillance de certains, tu ne peux pas savoir si les gens font cela par intérêt ou si c’est vraiment sincère. Mais pour ma part, je n’ai pas de problèmes avec qui que ce soit.

C’est aussi très important pour moi de pouvoir parler avec des influenceurs qui sont là, et qui font ça depuis longtemps. On m’a conseillée, poussée et mise en avant. Quand, par exemple, j’ai commencé à faire les Reels sur Instagram, on m’a vraiment encouragée à continuer là-dedans, en me disant que ça me convenait parfaitement et que j’allais me démarquer en faisait ça. Grâce à ces retours, j’ai vraiment pris du recul car je ne m’en rendais pas forcément compte.

Comment arrives-tu à dégoter tes adresses ?

Ça se passe beaucoup sur Instagram, avec tous les comptes foodies que je suis. J’ai vraiment découvert ça à New York, il y a trois ans et demi. J’y ai vécu six mois, et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à suivre plein de comptes food new-yorkais. 

Sinon, à un moment donné j’utilisais la Fourchette, ça me permettait de sortir un peu du côté redondant d’Instagram. Ou bien Mapstr ou Google. Je suis une folle des commentaires, je regarde les notes, les étoiles, je vérifie leurs réseaux sociaux. Disons, que je ne me laisse jamais porter, car j’ai trop peur d’être déçue.

Tu es plutôt indécise au restaurant ?

Oui, c’est terrible. Je suis un peu une maniaque pour ça. Quand je vais au restaurant, je vais étudier la carte trois jours à l’avance, je réfléchis avec intensité aux plats que je vais prendre, je regarde les photos au préalable. Je fais des calculs et je me dis : "Si la personne prend ça, du coup je prendrai ça pour pouvoir goûter."

Vient la commande, je panique : "Je vais prendre les pâtes, enfin non la pizza. En fait, mettez-moi les pâtes" puis au moment de manger : "Je le savais, j’aurais dû prendre la pizza."

Comment décrirais-tu ton univers culinaire ?

Gourmand. C’est le premier critère, et puis sans limites. Je teste de tout, que ce soit végan, végétarien, ou à base de viande. Je ne me censure pas tant que c’est gourmand. Je suis plutôt axée sur la Street Food, mais au départ c’est un peu par défaut car mon compte est né du confinement.

Il faut également que la cuisine soit responsable. J’essaie de choisir des endroits où les choses sont de saison, faites avec de bons ingrédients et avec amour. C’est très important pour moi le côté humain, je vais auprès des restaurateurs passionnés.

Tu as des endroits coup de cœur ?

Étant donné que je suis constamment dans la recherche de nouveaux goûts, sensations, je n’aime pas vraiment revenir aux mêmes endroits, car je me dis que je pourrais trouver mieux. Mais lorsque j’ai besoin de réconfort, de repères, alors là, oui, j’ai mes spots coups de cœur.

À Paris par exemple, l’endroit où je pourrais éternellement aller c’est Hollybelly j’aime autant la cuisine que l’atmosphère qui s’en dégage. Je me sens à la maison quand j’y vais, il y a une ambiance et un accueil très anglo-saxon. J’ai d’autres valeurs sûres, mais ça va souvent se manifester quand je commande. PNY pour un burger, pour des pizzas, Dalmata… Ce seront des plats réconfortants.

Plutôt sucré ou salé ?

Plutôt salé. Quoique. En fait, je suis carrément les deux. Je suis entrée-plat-dessert : je vais partager l’entrée, goûter deux plats différents et en général un dessert. Je laisse toujours de la place pour le dessert. Par contre, je pense qu’il y a plus de diversité dans le salé, en tout cas je pourrais moins me lasser de manger salé.

Ton plus beau souvenir culinaire ?

Je dirais cet été, au Clarence, avec mon copain. C’est un restaurant deux étoiles. À cette période de l’année, ils avaient lancé un menu découverte, un peu moins cher que ce qu’ils font d’habitude, du coup c’était l’occasion de tester. Étant fascinée par la gastronomie, j’étais aux anges. Le cadre était magnifique, dans un hôtel particulier, à côté des Champs-Élysées. La nourriture était incroyable, beaucoup d’émotions se sont dégagées de mes dégustations.

On s’est lié d’amitié avec le sommelier qui s’occupait de notre table, et qui nous a fait visiter les cuisines. Il a vu qu’on adorait ça, et on a pu tout voir. Dans l’ascenseur pour monter aux toilettes, je me suis retrouvée avec le chef, dont je connaissais le visage, car je l’avais vu dans Top Chef, quelques semaines auparavant. On était tous les deux, et j’ai pu lui dire "Votre plat m’a ému". J’étais trop heureuse, l’impression d’être dans un rêve. 

Qui t’a donné ce goût des bonnes choses ?

Honnêtement, je ne pense pas que ce soit depuis l’enfance. Mes parents et moi n’allions pas beaucoup au restaurant, j’ai eu peu d’expériences culinaires. Ma mère cuisine bien mais je n’ai jamais vraiment eu la sensation qu’elle aimait ça. Je me suis fait ce goût toute seule, au moment où je suis partie à New York et que j’ai commencé à être de plus en plus curieuse. 

Par contre, mes parents m’ont vraiment transmis l’importance du moment passé à table, qui représentait un instant de partage, un moment où tout le monde pouvait se retrouver. Chez mes parents, tout le monde mange en même temps. Mon père a une éducation assez classique, donc le repas sera systématiquement composé du plat, de la salade, du fromage et du dessert, et ça durera longtemps si c’est un repas de famille. 

Une saveur de ton enfance ?

Le gâteau au yaourt de ma maman, quand on le faisait ensemble, où l’on dosait avec les pots. Le riz aussi, parce que ma mère est malgache et là-bas, c’est vraiment la base de l’alimentation. C’est riz matin, midi et soir. Riz, riz, riz [rires]. C’est presque devenu une blague maintenant quand il y en a chez mes parents.

Sinon, l’odeur du plateau de fromage de mon papa. Je m’en suis dégoûtée, mais en grandissant, j’ai appris à vraiment aimer ça. Je me souviens que petite, j’avais même pleuré à chaudes larmes pendant une colo de ski parce qu’il y avait de la tartiflette. On m’avait carrément mise à part, à la table de ceux qui n’aimaient pas le fromage…

Un plat qui représenterait selon toi l’année 2020/2021 ?

Pour moi 2020, c’était l’année de la babka. Je ne sais pas pourquoi, c’est la brioche qui est devenue vachement à la mode. Je m’y suis mise pendant le confinement et j’avais une espèce d’obsession. C’était un peu mon excuse pour procrastiner et ne pas travailler. Pour 2021, j’attends de voir ce qu’elle me réserve gustativement parlant.

Comment envisages-tu l’avenir ?

Eh bien, j’aimerais continuer à toujours me garder du temps pour créer mon propre contenu, car c’est vraiment important pour moi. Je réfléchis aussi à d’autres formats que je pourrais faire, pour me diversifier. Pourquoi pas concilier le théâtre et la food, et de fait, rentabiliser mes activités. Sinon, mon rêve serait de présenter une émission culinaire, ou faire une espèce de documentaire, où l’on me suivrait à la découverte des patrimoines culinaires. Une sorte de voyage gustatif.

Retrouvez Constance, alias Hungry Consti, sur son compte Instagram.

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