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On a passé une journée avec l’équipe d’Ernest, l’asso reine de la gastronomie solidaire

Publié le

par Julie Morvan

La joyeuse bande concocte chaque jour des centaines de repas pour les plus démunis.

La dernière fois que j’avais mis les pieds à la Rotonde, c’était pour groover sur de la house au "Jeudisco", une bonne soirée comme on les aime, organisée comme son nom l’indique tous les jeudis dans le monde d’avant. Ce matin, le canal de l'Ourcq est beaucoup plus calme. Pas une ride ne vient perturber sa surface et, en face, la Rotonde est aussi silencieuse qu’impassible… Enfin, de l’extérieur.

La Rotonde sous le soleil matinal.

Car à l’intérieur, c’est une autre histoire : toute l’équipe des bénévoles d’Ernest est déjà réunie. Chefs, coordinateurs et commis enfilent leur tablier puis se répartissent dans l’immense cuisine de la trattoria Gustu. Pas une minute à perdre : aujourd’hui, il y a des centaines de paniers repas à préparer pour trois associations solidaires différentes.

Le menu est hyper alléchant : magret de canard et son écrasé de pomme de terre et de céleri ; bananes plantains ; quiche à la fondue de poireaux… La joyeuse troupe s’active dans la bonne humeur et en musique – on a lancé la playlist baptisée "Shitty Songs" dans la cuisine.

Les bénévoles s’activent dès le matin : des kilos de pommes de terre attendent d’être épluchés !

Chargée de la communication et de la relation restaurateurs d’Ernest, Joséphine supervise toute l’opération d’un enthousiasme solaire. Elle est à trois endroits en même temps : à peine après avoir discuté le planning du jour avec l’équipe, elle fait le point sur les stocks, passe à la supérette racheter des lentilles… et trouve le temps de me raconter l’histoire d’Ernest.

La souriante Joséphine, chargée de la communication et de la relation restaurateurs d’Ernest.

À l’origine, Ernest est un groupe de potes unis par la même passion : la cuisine. En 2015, s’inspirant du célèbre pourboire, ils lancent le "pourmanger", un programme d’aide alimentaire. Il permet, grâce à la participation d’un réseau de restaurateurs, de financer l’achat et la distribution de légumes frais à des centres sociaux parisiens et bordelais.

Ils se sont tout de suite associés au collectif Les Midis du MIE, qui vient chaque jour en aide aux mineurs isolés étrangers. Depuis, ils ont élargi leur champ d’action avec d’autres associations comme Solidarité migrants Wilson. En 2020, la crise sanitaire a entraîné une crise alimentaire, qui a poussé Ernest à cuisiner des plats pour les plus vulnérables. Résultat des courses : 40 000 plats distribués au premier confinement. En 2021, plus de 1 500 repas sont distribués chaque semaine.

Aujourd’hui, Ernest doit préparer trois repas pour Les Midis du MIE. Et trois repas, ça veut dire trois recettes différentes : un sacré défi pour les chefs ! Cerise sur le gâteau, le mercredi est particulièrement chargé : c’est le jour où l’on récupère les dons de restaurants. Marie, codirectrice et chargée du développement d’Ernest, enchaîne les allers-retours en camion pour apporter les immenses gastros – rien à voir avec la maladie, ce sont des gros bacs qui conservent les plats bien au chaud – puis la cargaison de légumes, féculents et autres produits.

Opération déchargement des gastros le matin… ça fait les muscles.

Entre les fourneaux et les déchargements, je croise Christophe, gérant de Gustu. Ce Corse passionné par la cuisine me raconte avec enthousiasme l’histoire des lieux et de sa trattoria. La Rotonde, c’est son bébé. Il veut en faire un véritable lieu de vie convivial, festif et solidaire. Ici, tout est inspiré de recettes de famille, faites avec des produits 100 % authentiques. Pour preuve, il me montre une photo que sa bergère (oui oui) lui a envoyée aujourd’hui sur son portable : une petite brebis beaucoup trop mimi.

Christophe, gérant de la trattoria Gustu.

Il a commencé à prêter sa cuisine à Ernest lors du premier confinement. "Je ne savais pas ce que la Rotonde allait devenir, je venais vérifier tous les jours que tout allait bien. Et je trouvais ça déprimant, ces cuisines vides." Alors la solution, il l’a vite trouvée : héberger l’asso pour qu’elle redonne vie au lieu.

Lorsque le deuxième confinement a été annoncé, le gérant n’a pas hésité : "J’ai toute de suite pris mon portable et je les ai appelés en leur disant de venir s’installer chez Gustu", raconte-t-il. Depuis, Ernest a pris ses quartiers dans l’immense cuisine. "C’est aussi grâce à Gustu qu’on réussit à livrer autant de repas", confirme Joséphine.

Grâce à Gustu, et à l’incroyable générosité des bénévoles. Ils sont 350 en tout, si nombreux qu’ils font crasher les applications de messagerie classique ! "On connaît enfin le nombre maximum de gens que peut réunir une conversation WhatsApp, s’amuse Joséphine, 260, pas plus !" Les inscriptions pour venir aider Ernest le temps d’une journée en cuisine ouvrent le lundi, et à chaque fois, elles sont prises d’assaut, me confient les bénévoles.

L’impressionnant planning dont dépend toute l’organisation de la semaine… un point de repère dans les cuisines !

De tout âge et de tout horizon, beaucoup voient aussi Ernest comme l’occasion de recréer du lien social, alors que les confinements à répétition isolent plus que jamais. C’est le cas de Pauline, une habituée d’Ernest. Y aller lui permet de voir du monde. "Et puis on apprend des techniques culinaires : par exemple, on n’a pas l’habitude de préparer une vinaigrette pour 200 personnes !", rit-elle.

Les magrets sont grillés à la plancha avant de partir au four.

Mais le temps file : c’est le moment de remplir des rangées et des rangées de barquettes. On coupe les parts de quiches, on compte les portions, on recompte, on évalue, on corrige les quantités… Tous se mettent à la tâche avant de s’accorder une pause déjeuner bien méritée.

Les bénévoles s’activent pour répartir les plats dans les barquettes.

Le premier plat : magret de canard et écrasé de pomme de terre et de céleri.

Le deuxième plat : riz, bananes plantains et sauce mafé.

Puis retour aux cuisines pour préparer les menus suivants. Pendant ce temps, on embarque tous les plats soigneusement empilés dans les gastros. Ils seront acheminés par camion, mais aussi… à vélo ! Un cycliste s’apprête à transporter vaillamment les plats d’un bout à l’autre de Paris.

Le fringant vélo "Olvo" à trois roues.

À 17 heures, la journée est encore loin d’être finie : Joséphine doit encore animer une réunion de dix personnes. Vous l’aurez compris, énergie, passion et solidarité sont les ingrédients indispensables d’Ernest. Encore merci à eux pour leur accueil, leur bonne humeur et l’incroyable travail qu’ils fournissent chaque jour… Mucho love.

Céline, Marie et Joséphine, toujours aussi énergiques peu importe le moment de la journée.

Le 8 mai, Ernest lancera un événement à quatre mains avec Christophe et un chef de renom, mettant à l’honneur des petits producteurs corses pour financer son programme d’aide alimentaire. En attendant, vous pouvez vous engager avec eux sur leur site Internet.

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