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Comment l'épidémie met à mal nos gestes (et convictions) écologiques

Retour des sachets à usage unique, interdiction des sacs réutilisables et passage en force des lobbies du plastique.

Après plusieurs semaines de confinement en France et ailleurs dans le monde, le plastique a fait un retour tonitruant dans nos quotidiens. À vrai dire, c’est l’une des conséquences de l’épidémie que l’on n’avait pas vraiment vu venir. Partout où le coronavirus est venu chambouler le quotidien des populations, les autorités se sont vues contraintes de revenir sur leurs convictions et leurs engagements écologiques, compte tenu du danger que représentent les sacs, gobelets et autres contenants réutilisables.

À San Francisco, où les sachets en plastique à usage unique sont interdits depuis 2007, les sacs réutilisables (paniers, sacs en laine ou en coton) ne sont désormais plus autorisés dans les épiceries et grandes surfaces dans le cadre des "mesures sanitaires" tranchées par les autorités locales. Une décision qui a fait l’objet de vives controverses, notamment chez les associations de défense de l’environnement, rapporte Politico. Cette interdiction, qui concerne également les gobelets et autres mugs réutilisables, a poussé des chaînes comme Starbucks, Dunkin' Donuts ou Tim Hortons à ne plus les accepter en boutique, depuis le début du mois de mars.

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Le lobby du plastique en embuscade

À Boston, où les sachets en plastique à usage unique sont interdits depuis décembre dernier, il a également fallu revenir en arrière. Le décret a été provisoirement amendé par le maire, Martin J. Walsh, assurant qu’il ne s’agissait là que d’une mesure temporaire. "En cette période difficile, nous comprenons que les établissements de vente au détail sur lesquels nos résidents comptent – comme les épiceries, les pharmacies et les restaurants – ont besoin d’une flexibilité supplémentaire, pour mieux servir leurs clients", a-t-il déclaré.

Depuis, l’interdiction de ces contenants à usage unique a été adoptée dans la plupart des États américains et cette normalisation interroge quant à l’implication des lobbies du plastique dans de telles décisions. "Dans une démarche surprenante à environ 0 %, les industriels du plastique sont intervenus pour dire aux gens que le plastique à usage unique était l’alternative la plus sûre en cette période de pandémie, écrit Vice. La Plastics Industry Association (PIA) a écrit au département américain de la Santé et des Services sociaux pour lui demander de la suivre en ce sens".

Quels engagements pour demain ?

Dans une lettre sur laquelle le magazine Politico a pu mettre la main, la PIA demande ainsi aux autorités de prendre position et de trancher pour l’interdiction des contenants réutilisables "en tant que risque pour la sécurité publique" – selon différentes études, le virus pourrait subsister pendant plusieurs heures sur des surfaces inertes comme le métal, les tissus ou les aliments – et de mettre un frein à "la précipitation dans l’interdiction du plastique à usage unique par les écologistes et les élus", qui "mettent en danger les travailleurs et les consommateurs".

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Même son de cloche du côté de l’American Recyclable Plastic Bag Alliance. Dans un communiqué, l’organisme déclare que forcer les supermarchés et les détaillants à manipuler des sacs réutilisables pourrait "compromettre leur santé". "Les supermarchés sont les rares endroits qui vont rester ouverts et il n’est pas nécessaire de forcer une politique d’interdiction des sacs plastiques à usage unique quand il y a des choses beaucoup plus importantes à traiter", dit le communiqué.

Les associations environnementales, elles aussi, n’ont pas tardé à réagir. Dans un communiqué, Break Free From Plastic dit espérer que l’épidémie n’aura pas raison "d’un mode de vie zéro déchet qui gagne chaque jour un peu plus de terrain". Car, au fond, le risque est bien là. À trop se voir répéter que le plastique à usage unique serait plus "sûr" que des contenants réutilisables face au virus, n’y aurait-il pas un risque de voir des individus s’opposer – de manière consciente ou inconsciente – aux interdictions et aux évolutions des usages ? Seul l’avenir nous le dira.

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Par Robin Panfili, publié le 17/04/2020