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Comment les cèpes ont (encore) rendu les gens complètement zinzins

Publié le

par Robin Panfili

© Getty Images

Pneus crevés, vols, bagarres et colle dans les serrures de voitures : la "guerre des cèpes" a encore de beaux jours devant elle.

L’an dernier, la cueillette de cèpes dans les forêts et sous-bois français avait été relativement mouvementée. Une petite fille avait ainsi été vilipendée en ligne pour avoir cueilli un cèpe dans un département qui n’était pas le sien et des "gangs" de cueilleurs de champignons avaient été aperçus en train de sévir dans les Vosges, où les poussées de champignons sont particulièrement importantes en automne et les cueillettes très réglementées.

Cette année, malgré le reconfinement et les incitations à rester un maximum chez soi, la "guerre des cèpes" a, une nouvelle fois, fait rage. Dans le Haut-Béarn, dans le sud de la France, la méfiance est de mise entre les cueilleurs professionnels et amateurs afin de ne pas se faire repérer et chaparder ses coins secrets. Dans le Lot-et-Garonne, c’est l’éternelle bataille entre chasseurs et cueilleurs qui a repris de plus belle. Dans les forêts communales, les chasseurs de palombes se plaignent effectivement de la dégradation des bois par les ramasseurs de champignons.

Vols, pneus crevés…

Mais c’est en Italie que la bataille autour des champignons semble avoir fait le plus de dégâts. Dans une longue enquête, le journal italien Domani revient sur les heurts et incivilités qui émaillent la cueillette de champignons dans les montagnes italiennes, et notamment dans les Apennins. "Dans ces dernières années, le rituel automnal de la cueillette des délices des sous-bois est en train de se transformer en une vaste razzia, écrit le quotidien. Avec des tensions de plus en plus vives, et des scènes dignes du Far West."

"Aujourd’hui, ceux qui s’introduisent de nuit dans la montagne s’exposent à voir, entre autres, leurs pneus crevés, les serrures de leurs portières enduites de colle ou leurs biens volés."

© Getty Images

"La forêt n’a plus de secrets"

Point d’orgue de cette hausse du vandalisme en milieu rural : une bagarre survenue dans le bois d’Albareto, près de Parme, entre un habitant du coin et un forestier qui se "disputaient" un coin à champignons. À vrai dire, l’importante valeur marchande des cèpes et le réchauffement climatique a complètement bouleversé l’équilibre et la philosophie du ramassage de champignons. Avec des températures et des conditions climatiques plus favorables, les poussées sont devenues de plus en plus importantes, attirant de nombreux amateurs, curieux et promeneurs qui n’avaient jusque-là jamais mis un pied en montagne.

En Italie, la folie des cèpes a alors pris des proportions invraisemblables. Le nombre de cueilleurs a explosé alors que les contrôles, eux, n’ont que très peu évolué. Et surtout, la technologie est venue dénaturer cette pratique séculaire, explique le magazine. "Avant, les champignonneurs gardaient leurs sites secrets jusqu’à ce qu’ils soient à l’article de la mort. Puis sont arrivés les téléphones satellitaires et le GPS, râle Antonio Mortali, forestier au Consortium des communes parmesanes. Les gens, en particulier ceux de la ville et des villages d’en bas, ont commencé à noter les lieux où ils trouvaient des champignons, à se passer leurs cartes, voire à les revendre. Quelqu’un que je connais m’a montré une carte avec 6 000 points GPS ! La forêt n’a plus de secrets. Ce n’est pas éthique."

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Une passion devenue business

Cette course à la cueillette qui démarre parfois alors que le jour n’est pas encore levé – les cèpes poussent la nuit – est aujourd’hui aussi violente qu’absurde. Déchets dans les bois, cellules photoélectriques pour repérer les champignons dans la pénombre, forêts bondées… Et, évidemment, "des champignons tout piétinés parce que, dans le noir, ils ne les voient pas", confie un cueilleur à Domani. Du côté des incivilités, on déborde d’imagination : outre les plastiques jetés dans les sous-bois, les vols et les pneus crevés, on a déjà retrouvé des montagnards insérer de la colle dans les serrures des voitures.

Aujourd’hui, des bois et des parcelles sont revendus à des cueilleurs professionnels, désireux de s’affranchir des restrictions de cueillettes dans les forêts domaniales. Les champignons sont une passion qui est devenue un business et, ici encore, ce sont les locaux et les moins fortunés qui trinquent. 

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