© YouTube /
CinemadamareTVWEB

Dans le sud de l'Italie, vers la petite mort des pâtes fabriquées dans la rue ?

Le plus italien des faits divers italiens.

C’est une histoire dont l’Italie, et plus particulièrement le sud du pays, a le secret. Une histoire de pâtes, de loi et de petits arrangements. Dans la petite ville de Bari, dans les Pouilles, voilà des décennies que des nonne (des "grands-mères") sortent chaque matin leur table en bois devant le pas de leur porte pour y fabriquer à la main des pâtes pendant dix, voire quinze heures d’affilée. Avec le temps, la fabrication de ces orecchiette est devenue une tradition locale incontournable, pour le plus grand bonheur des touristes qui affluent par dizaines de milliers chaque été dans la région.

Mais ce petit folklore est aujourd’hui en danger, rapporte le New York Times. Au début du mois d’octobre, des policiers ont mis la main, dans un restaurant de la ville, sur plusieurs kilos d’orecchiette dont l’origine n’a pu être établie clairement. Conformément à la législation italienne qui impose aux restaurateurs de servir des produits et aliments traçables, ce dernier a dû s’acquitter d’une amende et jeter son petit stock de pâtes à la poubelle.

Publicité

Fin d’une tradition

Dans la rue Arco Basso, la fameuse "rue des pâtes" du centre historique de Bari, cette nouvelle a fait l’effet d’une bombe, notamment auprès des grands-mères qui craignent désormais une répression accrue sur leur activité qui demeure aujourd’hui tolérée. En effet, elles sont autorisées à en vendre pour de l’usage personnel et privé, et non pour un usage commercial. Mais après "l’affaire des orecchiette", beaucoup craignent qu’on ne leur retire ce droit et, surtout, que l’on tue à petit feu cette tradition locale.

"Il y aura bientôt trop de contrôles, on devra arrêter de travailler", regrette l’une d’entre elles dans Le Corriere della Sera. Désormais, tous les enfants peuvent aussi parler deux ou trois langues, mais personne ne leur apprend à dérouler la pâte et à fabriquer des orecchiette."

Dans un effort de conciliation et de rationalisation de leur activité, les autorités locales ont bien essayé de leur proposer de se constituer en coopérative, mais celles-ci se sont heurtées à une fronde de grands-mères très peu disposées à négocier ces acquis anciens. Le bras de fer ne fait donc que commencer, mais cette opposition n’augure rien de bon. Comme le note Slate.fr, le maire aurait déjà été contraint par le passé d’embaucher un agent de sécurité après avoir interdit aux habitants de vendre des moules crues lavées dans l’eau du port de la ville. 

Publicité

À lire aussi : Fini les entourloupes, l’Italie lance un "label d’italianité" de ses restos à l’étranger

Par Robin Panfili, publié le 13/12/2019