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En images : le spectacle fou des vignes illuminées à la bougie pour lutter contre le gel

Publié le

par Robin Panfili

© Tim Hurez

On est retourné prendre des nouvelles de la famille Mosse, dans l’Anjou.

Il y a un an, presque jour pour jour, les parcelles du domaine Mosse, dans l’Anjou, s’illuminaient, laissant place à un spectacle époustouflant. Et pourtant, malgré la beauté et l’esthétisme de ces scènes nocturnes, c’est une autre réalité, assez dramatique, qui se joue. Depuis plusieurs années désormais, le gel tardif, dit "gel de printemps", vient menacer les récoltes et force les vignerons à protéger les bourgeons tout juste sortis, et donc particulièrement fragiles.

© Tim Hurez

© Domaine Mosse

Cette année, pour la deuxième fois, les deux jeunes frères Sylvestre et Joseph, et leurs parents René et Agnès Mosse ont été contraints de redéployer les bougies en vue d’affronter une nouvelle vague de froid sur le domaine. Alors qu’ils viennent d’endurer une année particulièrement difficile, avec la fermeture des bars et des restaurants, nous sommes allés (re)prendre de leurs nouvelles.

"Pas de grappes, pas de vin…"

Dans les parcelles de la famille Mosse, les bourgeons font généralement leur apparition dès le début du mois de mars. Si les vagues de froid à cette période ne sont pas anormales, ce sont les températures trop élevées observées en hiver qui posent problème. "Nos hivers ne sont plus assez froids. La vigne sort de sa dormance trop tôt et commence à bourgeonner fin février/début mars, il suffit alors d’un pic de froid pour que tous les bourgeons crament et que la récolte soit menacée, explique Sylvestre Mosse. L’année précédente, on avait 20 °C en février. Et la semaine dernière, il faisait 27 °C dans le tracteur. C’est n’importe quoi."

"Si les bourgeons gèlent ou brûlent, les rameaux ne se développeront pas et nous n’aurons pas de grappes de raisin. Pas de grappes, pas de vins ; pas de vins pas de plaisir, et pas de chiffre d’affaires non plus…"

Sylvestre Mosse. (© Domaine Mosse)

© Tim Hurez

Depuis 2015, année durant laquelle les frères Joseph et Sylvestre Mosse sont entrés au domaine pour y faire les vins, il a gelé quasiment tous les ans, à l’arrivée du printemps. L’année dernière, pour la première fois et pendant deux ou trois nuits, le domaine a donc dégainé des bougies antigel, comme c’est le cas depuis un moment en Bourgogne notamment. Une manière de réchauffer les petits bourgeons et d'éviter les pertes au maximum. "Heureusement, on a été peu touchés, mais les années précédentes, on a perdu entre 40 et 70 % de notre récolte", rappelle-t-il.

Doutes sur l’avenir

Les bougies utilisées dans les parcelles permettent de réchauffer l'air ambiant de 2 à 3 °C maximum et de créer une petite fumée opaque protégeant les bourgeons des rayons du soleil au petit matin. "Évidemment, les émissions de fumée ne sont pas forcément idéales pour l’environnement, mais on ne peut pas se permettre de perdre encore une fois notre récolte", regrette Sylvestre Mosse.

"Nous craignons désormais chaque année. Et on se pose parfois des questions sur l’avenir de notre métier dans cette région. Il y a de plus en plus de collectifs qui se réunissent pour discuter des problématiques de gel, mais pour le moment aucune solution n’est trouvée."

Joseph Mosse. (© Domaine Mosse)

© Tim Hurez

Un métier qui change

Depuis quelques années, la problématique du gel tardif a poussé le domaine à réfléchir à d’autres manières de vinifier et faire résonner leur savoir-faire, notamment par l’intermédiaire du négoce. C’est ainsi que, en complément de leurs récoltes, les deux frères se sont mis à parcourir la France et l’Europe, de Gaillac à Limoux en passant par les Corbières, à la conquête des meilleurs raisins biologiques, en vue de produire des cuvées uniques (Goldeneye, Moussamoussettes, Bangarang, Nostromo…).

Au lendemain d’une nuit à la bougie. (© Domaine Mosse)

En l’absence de bars et de restaurants pour écouler les quilles, les cavistes et les particuliers ont pris le relais. Une bien maigre consolation toutefois. "Nous avons aujourd’hui beaucoup plus de vins en stock que les années précédentes du fait de la chute des ventes des 'grosses cuvées' au profit de vins moins onéreux. On se retrouve alors avec des problématiques d’espace de stockage sur les bras, dit Sylvestre Mosse. C’est un métier qui se transforme de plus en plus et pour lequel il faut savoir s’adapter quotidiennement."

En attendant des jours meilleurs, vous pouvez commander les vins du domaine Mosse ici.

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