(© Sylvestre Mosse)

Quand les vignes s'éclairent à la bougie pour lutter contre le gel tardif

Gel tardif, changement climatique, conséquences de l'épidémie du Covid-19 : on est allé prendre des nouvelles de la famille Mosse.

Si les bars, restaurants et autres commerces considérés comme "non essentiels" vivent une période très difficile en ces temps de confinement lié à la propagation du coronavirus, on parle beaucoup moins des vignerons. Et pourtant, eux aussi traversent une période très compliquée, voire catastrophique. S’ils ne peuvent plus écouler leurs stocks auprès des bars et restaurants qui ont pour obligation de fermer leurs portes depuis la fin du mois de mars, les vignerons se heurtent également aux aléas de la nature.

Cette année encore, le gel tardif, dit "gel de printemps", vient menacer leurs récoltes et les force à se protéger. Au domaine de la famille Mosse, en Anjou, où nous sommes allés vivre les vendanges de l’an passé, les deux jeunes frères Sylvestre et Joseph, et leurs parents René et Agnès, ont décidé de recourir aux bougies. On est allés prendre de leurs nouvelles et leur poser quelques questions.

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Dans les parcelles du domaine Mosse, le 23 mars 2020 (© Sylvestre Mosse)

Konbini food | Vous avez opté pour l’installation de bougies dans vos parcelles à l’apparition des premiers gels tardifs. Comment ça marche ?

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Sylvestre Mosse | Nos bourgeons commencent à sortir début mars, et jusqu’à fin mai, ils sont très fragiles et sensibles (au gel, aux coups, etc.). S’il y a de l’humidité, comme de la rosée, sur les bourgeons et qu’il gèle, cela peut créer des micro-fissures dans les bourgeons, ce qui empêche leur croissance.

Pire encore, si les rayons du soleil du matin passent à travers les cristaux de glace et ont un effet "loupe" sur les bourgeons, ça les brûle carrément ! On allume ces bougies pour, d’une part réchauffer l’ambiance et empêcher la formation de cristaux, mais aussi pour faire un voile de fumée qui empêche les rayons du soleil de flinguer notre future récolte.

Dans les parcelles du domaine Mosse, le 23 mars 2020 (© Sylvestre Mosse)

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Quelle est la conséquence de cet endommagement des bourgeons sur la récolte ?

Si les bourgeons principaux meurent, d’autres bourgeons plus tardifs pousseront à leur place. Mais, très souvent, sur ces deuxièmes générations, il n’y a pas de raisin. Pas de raisin, pas de vin. Pas de vin, pas de fun. Pas de fun, pas de fun.

Vous avez déjà eu recours à ces bougies par le passé ?

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C’est la première fois que nous le faisons, mais on a vu que c’est souvent fait, en Bourgogne, par exemple, où tous les vignerons s’y sont mis. Chez nous, en Anjou, ce n’est pas encore le cas. Pour Joseph et moi, c’est la quatrième fois en cinq ans que nous sommes impactés par le gel. Avoir des vagues de froid en mars, ce n’est pas anormal. Le problème, c’est qu’on n’a plus d’hiver. En février, il fait 15 degrés, donc la vigne se réveille (trop tôt) et les bourgeons sortent. Donc, ouais, le climat change, et il change vite. C’est vraiment inquiétant.

Dans les parcelles du domaine Mosse, le 23 mars 2020 (© Sylvestre Mosse)

Comment ça marche ? Vous allumez les bougies la nuit et vous priez pour que cela fonctionne ?

On installe 300 bougies par hectare. On a décidé de protéger 2,5 hectares cette année pour voir si ces bougies sont efficaces. Parce qu’elles ont un coût, tout de même : 5 000 euros au total pour les 720 bougies qui ne brûlent que dix heures. On checke la température toutes les deux minutes entre 4 heures et le lever du jour. Et on allume dès qu’il fait une température négative, ou qu’on voit du givre sur les bourgeons.

Dans les parcelles du domaine Mosse, le 23 mars 2020 (© Sylvestre Mosse)

Vous êtes inquiets pour les récoltes à venir ?

On s’est déjà fait avoir plusieurs fois alors c’est inquiétant, oui. C’est hyper vexant de travailler pour pas faire de vin. On aime trop s’amuser à vinifier nos raisins, et quand on a peu de raisin, on s’amuse moins. C’est comme enlever un ballon à un enfant.

Quelles sont les conséquences sur votre vin et sur une exploitation de votre taille ?

On produit vachement moins de vin, mais les raisins qui restent sont très concentrés et riches. Alors les vins produits sont (très) bons. Mais les quantités sont ridicules. Les vignes s’entretiennent toute l’année, avec ou sans récolte. C’est pénible de travailler des vignes où il n’y a pas de fruits, pour espérer avoir des raisins l’année suivante.

Dans les parcelles du domaine Mosse, le 23 mars 2020 (© Sylvestre Mosse)

Comment vivez-vous la situation face à l’épidémie du coronavirus et la fermeture temporaire des bars, caves et restaurants à travers la France ?

Nos ventes sont au ras des pâquerettes, on est inquiets pour nos copains restaurateurs et cavistes, et nos amis partout dans le monde avec qui on travaille. On vend très peu aux particuliers d’habitude mais là on fait des expéditions à domicile pour les gens qui le souhaitent.

J’ai fait une publication sur mon Instagram qui a été plutôt porteuse mais qui ne remplacera pas le travail que nous faisons avec les pros. Le coronavirus va faire un gros trou dans notre trésorerie parce qu’on continue à bosser à effectif complet. Il faut finir la taille, mettre du vin en bouteille, commencer les travaux du sol. La vie ne s’est pas du tout arrêtée chez nous.

Dans les parcelles du domaine Mosse, le 23 mars 2020 (© Sylvestre Mosse)

Comment prévoyez-vous et espérez-vous rebondir ?

On va continuer à faire ce qu’on fait d’habitude. On ne sait rien faire d’autre. Tout ce qu’on veut, c’est que nos potes puissent sortir de chez eux pour qu’on prenne des grands apéros des familles, de la viande sur la grille du barbecue, des embrassades. Ça commence à me manquer. L’apéro-Skype n’a pas la même saveur.

Pour commander du vin du domaine Mosse, rien de plus simple. Les frais de port sont offerts à partir de douze bouteilles et le paiement se fait par virement ou par voie électronique (Lydia, PayPal…). Pour voir les références disponibles, les prix à la bouteille et commander, c’est par ici.

Par Robin Panfili, publié le 04/04/2020