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Comment les grands vins sont devenus la cible privilégiée du grand banditisme

Publié le

par Paul Gombert

(© Getty Images)

Depuis quelques années, des vols de plus en plus fréquents sont constatés…

Les bandes organisées ont semble-t-il trouvé leur nouveau gagne-pain. Les bouteilles de grands crus, dont le prix à l’unité peut atteindre des dizaines de milliers d’euros, sont aujourd’hui les cibles de vols, au grand dam des producteurs et collecteurs de vins d’exception. La justice française parle même d’un "phénomène criminel", en particulier dans la région bordelaise. La RTBF rapporte que depuis 2018, un grand braquage surviendrait tous les mois et demi en moyenne dans le Sud-Ouest.

La majeure partie du temps, ce sont les chais et les entrepôts qui sont visés. Mais il arrive aussi que les malfrats s’en prennent directement à des particuliers qui possèdent dans leur cave des collections de vins très larges. Et cela ne date pas d’hier… En 2014, Michel-Jack Chasseuil – dont la cave remplie de plus de 40 000 bouteilles classées est l’une des plus prisées au monde – a été victime d’un braquage de ce genre.

Ce jour-là, il avait été piégé par un faux livreur, qui avait soi-disant des caisses à lui remettre. "Au moment où je me penche pour signer le bordereau, la porte du fourgon s’ouvre… Et là, à l’intérieur, je vois quatre gars cagoulés, avec des kalachnikovs […]. Ils se sont dit : ça y est, on a le vieux, on a le magot !", raconte-t-il dans un reportage de la RTS.

Après l’avoir attaché dans sa maison, les malfaiteurs ont cherché – sans succès – la clé de sa cave. Dès lors, ces derniers ont commencé à l’interroger et le torturer : "L’un m’a pris les doigts, il les a mis à 45 degrés. Ils savaient qu’il fallait me faire mal. Ils se sont dit : 'Il faut lui faire mal, qu’il avoue !' Ils m’ont tordu les doigts à un tel point que je suis resté handicapé. Après, l’un d’eux est venu avec le hachoir de mon grand-père pour les cochons. Il me disait : 'On va te couper les doigts !'"

Malgré ces menaces verbales et ces violences corporelles, Michel-Jack Chasseuil n’a rien dit. "Même si on m’avait coupé trois doigts, je n’aurais pas donné la clé. Vous imaginez, j’ai passé quarante ans de ma vie à rassembler toutes ces collections de vins du monde !", confie-t-il. Repartis avec quelques caisses de Pomerol, les braqueurs multirécidivistes ont par la suite été arrêtés et ont écopé d’une peine de cinq ans de prison.

Le cas de Michel-Jack Chasseuil ne reste qu’un exemple parmi d’autres. S’il arrive assez régulièrement que les voleurs et receleurs finissent par être interpellés par les forces de l’ordre, il est plus rare que les commanditaires de ces vols soient identifiés. Bien souvent, ces personnes ne résident pas en France.

En 2019, une enquête menée par le pôle chargé du grand banditisme du tribunal judiciaire de Bordeaux avait permis de mettre fin à un trafic d’envergure de grands crus, dont le montant du préjudice était estimé à 3 millions d’euros. Les bouteilles volées étaient ici destinées au marché asiatique.

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