Le chalutier Annie Hilina en mars 2019. (© Sea Sheperd)

Les pêcheurs français assistent, impuissants, au pillage des chalutiers étrangers

Faute de demande, les pêcheurs de la côte atlantique sont bloqués à terre et observent les gros chalutiers piller leurs eaux.

Il y a quelques mois, les pêcheurs s’étaient livrés à des rixes en pleine mer avec des pêcheurs anglais dans la désormais célèbre "guerre de la coquille Saint-Jacques". Plus récemment, c’est avec des chalutiers géants néerlandais que les marins-pêcheurs s’étaient écharpés, les accusant de concurrence déloyale. Aujourd’hui, c’est contre ces mêmes navires de pêche que les pêcheurs haussent le ton.

Contraints de rester à quai à cause du manque de sécurité à bord et d’une forte baisse de la demande après la fermeture des restaurants à travers toute la France, les pêcheurs prennent leur mal en patience avant de pouvoir retourner en mer. Mais, en attendant, ils ne peuvent qu’observer, impuissants, les chalutiers géants néerlandais qui s’affairent dans les eaux de la côte atlantique, dénonce l’ONG Bloom, qui œuvre pour un pacte durable entre l’homme et l’océan.

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"La crise du Covid-19 profite aux géants néerlandais qui viennent pêcher dans les eaux françaises. Pendant ce temps-là, les petits artisans ont stoppé leur activité car leur poisson ne trouve plus d’acheteurs. Leur faible trésorerie menace leur avenir et ils risquent de mettre la clé sous la porte. Une aubaine pour les industriels qui s’approprieront les quotas."

© Bloom

Déséquilibre et injustice

Alors que le cours du poisson s’est effondré, laissant planer la menace d’une catastrophe économique pour les pêcheurs-artisans, ces derniers dénoncent une injustice et un accroissement des inégalités entre chalutiers industriels XXL et eux-mêmes. "L’alerte a été lancée par des pêcheurs artisans bloqués à quai hier. Ils ont repéré les quatre chalutiers géants, visiblement il y en a un cinquième qui les aurait rejoints depuis ce matin", regrette Thibault Josse, chargée de mission pour l’association Pleine Mer, dans une interview accordée à La Relève et la Peste.

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"On parle ici de bateaux qui peuvent traiter 400 tonnes de poisson par jour. À titre de comparaison, Lorient, première criée française, traite en moyenne 200 tonnes de produits de la mer par jour : chaque jour, chacun de ces chalutiers géants peut traiter deux fois plus de poisson que l’un des plus gros ports de pêche français."

Le chalutier Annie Hilina en mars 2019. (© Sea Sheperd)

Dans le golfe de Gascogne, ce sont quatre chalutiers qui ont été repérés en mer (Sandettie, Annie Hillina, Prins Bernhard, Frank Bonefaas) et qui ont suscité l’ire de l’association Pleine Mer qui milite pour une pêche durable. "Ces chalutiers géants peuvent chacun avaler 250 tonnes (de maquereau) toutes les nuits. Les pêcheurs artisans, quand ils ont la chance d’avoir du quota de maquereau, peuvent le pêcher à la ligne, au chalut ou à la bolinche pour des quantités qui varient entre 500 kg et quelques tonnes par jour".

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Un déséquilibre flagrant et dévastateur partagé par un pêcheur de Saint-Jean-de-Luz, installé dans le Pays basque : "Alors qu’on nous empêche d’aller en mer, de pratiquer notre métier qui nourrit les gens, on laisse des chalutiers géants détruire la ressource pour faire du profit."

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Par Robin Panfili, publié le 27/03/2020