AccueilStory

On a discuté avec Gerald Stratford, 72 ans, jardinier star et égérie Gucci

Publié le

par Ana Corderot

© Gucci

"Il me semble important de faire du jardin un lieu de vie."

Surnommé le "Veg King", soit le roi des légumes, Gerald Stratford est un amoureux inconditionnel de la nature et il pratique le jardinage depuis sa plus tendre enfance. Du haut de ses 72 ans, il n’est pas peu fier de son potager. Ce dernier, il le cultive avec beaucoup de délicatesse, de patience mais avant tout de bienveillance. Au fil des saisons et des années, lui et sa femme Elizabeth se sont construit un petit havre de paix, où se réunissent famille, voisins et amis.

Entouré de ses "big vegs" ("gros légumes") comme il aime à les appeler, et de ses fruits titanesques préférés, Gerald Stratford – sur les conseils avisés de ses petits-enfants – a décidé de se créer un compte Twitter pour partager ses récoltes avec la communauté. Happés par tant de tendresse, ses fans Twitter sont apparus par milliers. Avec pas loin de 300 000 abonnés, Gerald est devenu un véritable influenceur jardinier. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu une campagne Gucci à son effigie, et récemment un livre sur ses gros légumes adorés.

Si, pour plus d’un·e·, autant de visibilité peut effrayer, pour Gerald, cela lui a permis de diffuser toute sa positivité. Afin d’en connaître davantage sur son histoire atypique, on a demandé à Gerald de nous accorder un peu de son temps pour en discuter. En l’écoutant raconter son amour pour son potager, on a eu envie de tout quitter pour partir bêcher à ses côtés.

Konbini food | Bonjour Gerald, comment allez-vous ?

Gerald Stratford | Très bien, je suis chez moi en ce moment, dans ma maison située dans un petit village appelé Milton, sous Wychwood, dans le West Oxfordshire. Il y a un peu de vent dans mon jardin actuellement, pas vraiment idéal pour mener une interview, mais tout va bien, je me suis réfugié dans ma cuisine.

À en croire vos vidéos et photos sur Twitter, vous êtes devenu très populaire. Comment gérez-vous cette popularité ?

Je le vis très bien parce que cette popularité est due à de très bonnes raisons. Je fuis la négativité, je suis une personne heureuse, si je peux faire des choses qui contribuent à mon bonheur et devenir populaire en rendant les gens heureux, j’en suis ravi.

Maintenant que vous êtes à la retraite, n’êtes-vous pas dérangé par autant de sollicitations ?

Je suis par nature occupé, disons même que j’ai une addiction au travail. Même si parfois travailler dans le jardin peut s’avérer fatigant, c’est une façon pour moi de rester en forme. Je n’ai pas besoin d’aller à la salle de sport, puisque mon jardin le fait pour moi. Qui plus est, je suis entouré de ma famille, dont mes trois filles et mes beaux-enfants. Je les vois très souvent, donc cela m’aide à aller de l’avant.

Pourriez-vous m’en dire un peu plus sur votre parcours ? Avez-vous toujours été passionné de jardinage ?

Oui, j’ai toujours aimé le jardinage. Lorsque j’étais jeune, mon père nous a appris à jardiner avec mes frères et sœurs. Eux détestaient planter, bêcher, mais pour moi c’est devenu une véritable passion, et c’est resté.

Elizabeth et moi-même avons un jardin d’attribution [de l’anglais "allotment" nldr], c’est quelque chose qui se faisait juste après la Première Guerre mondiale. Le gouvernement britannique avait alloué des petites parcelles de terrain aux soldats revenant de la guerre, afin de leur donner quelque chose pour cultiver et nourrir leur famille. Depuis ce jour, nous avons gardé ce terrain, que nous cultivons en plus de notre jardin.

Quels sentiments cela vous procure ?

Vous savez, ma philosophie concernant le jardinage consiste à prendre autant soin de son jardin que de son foyer. Il me semble important de faire du jardin un lieu de vie, car il y a énormément de vie dedans. J’aime la nature et j’aime cultiver, et voir grandir mes plantations, c’est une expérience incroyable. Je trouve ça magnifique. Même en hiver, les gens pensent que le jardinage s’arrête, mais il y a toujours quelque chose à faire, à préparer, à réparer… ça ne s’arrête jamais.

Quels légumes cultivez-vous ? Vous avez des préférés ?

Un peu de tout, des carottes aux oignons en passant par le céleri et la rhubarbe. Mais si je devais en choisir un préféré, ce serait sans doute la pomme de terre, j’adore ça et toute l’expérience qu’il y a autour, de la plantation à la dégustation. Je ne suis pas végétarien, mais je me régale à manger mes légumes. Étant donné que nous sommes autosuffisants et que nous n’en achetons plus, c’est un réel plaisir de les cuisiner. On essaie au maximum de manger de saison.

Gucci x Highsnobiety - In the Garden with Gerald the "Veg King" from Fiona Jane Burgess on Vimeo.

Vendez-vous vos récoltes ou les partagez-vous en famille ?

Non, nous ne les vendons pas. Nous les partageons seulement avec les amis et la famille. Nous essayons de faire un maximum de choses avec, comme des chutneys, des pickles, des confitures ou encore des boissons. S’il y a des restes, nous les donnons à une maison de retraite locale. De cette manière, nous aidons les personnes en grande précarité.

Êtes-vous le seul à jardiner dans la famille ?

La plupart de mes enfants jardinent, mais disons qu’ils ne le font pas à ma façon car je suis un peu un fanatique [rires].

Un conseil pour un·e jardinier·e débutant·e ?

Le conseil que je peux donner, c’est de ne pas être frustré. Si vous faites quelque chose dans votre jardin et que ça ne vous convient pas, ne vous fâchez pas et revenez-y plus tard. N’essayez pas à tout prix de tout faire en même temps. Faites-en un peu maintenant, un peu plus tard, et ne vous attendez pas à obtenir des légumes parfaits à chaque fois que vous plantez une graine.

Certains de mes légumes sont apparus laids, je les ai d’ailleurs appelés comme ceci, "ugly vegs". L’année dernière, des carottes ont poussé et elles avaient cinq doigts au lieu d’un seul. C’était vraiment moche, mais le goût était beau. Alors ne vous en faites pas, quoi qu’il arrive, ce sera toujours agréable à manger. Le plus important dans tout cela, c’est d’y apporter de la joie.

À voir aussi sur food :