Comment les viticulteurs s’organisent face au réchauffement climatique

Face à la hausse des températures, les viticulteurs doivent redoubler d’ingéniosité pour préserver leur activité et imaginer le vin de demain.

Vignoble à Russin, en Suisse. (© Samuel Zeller/Unsplash)

Le réchauffement climatique aura-t-il la peau de nos vignobles ? Voilà la question que de nombreux chercheurs, experts et viticulteurs se posent avec insistance, depuis plusieurs années déjà, face à une hausse des températures qui semble aujourd’hui inéluctable.

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À chaque nouveau record de température, notamment en été, c’est la viabilité à moyen et long terme de terroirs, de domaines et de métiers du monde du vin qui est remise en question.

Il faut dire que les prévisions peuvent donner le vertige. En 2009, Greenpeace expliquait que les "vignobles traditionnels pourraient bien disparaître" si les températures augmentaient de 4 à 6 degrés d’ici 2100. En 2013, une étude de la revue PNAS – bien que nuancée par plusieurs chercheurs – estimait à 68 % la réduction de surface de terres propices à la culture de la vigne en Europe d’ici 2050.

En 2017, c’est le ministère de l’Agriculture français qui annonçait que la récolte de vin avait diminué de 18 % par rapport à l’année passée, la faute au gel et au réchauffement climatique.

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Des appellations en danger

Et si les conséquences du réchauffement climatique sur les vignes pourraient bien être dramatiques dans un pays où cette culture représente près de 25 % de son activité agricole, celles sur la qualité du vin sont tout aussi inquiétantes.

Car s’il est acquis que la hausse des températures a une influence sur son goût ou sur sa couleur, celle-ci joue également sur sa teneur en alcool, conséquence directe d’une maturité précoce de la vigne et d’une intensification du sucre contenu dans le raisin.

En France, par exemple, le taux d’alcool moyen est ainsi passé de 11,5 % dans les années 1980 à près de 14 % aujourd’hui, rapportait LCI dans une longue enquête sur le sujet.

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"Un boom qui peut être vu de façon positive, notamment dans le Nord où les vins sont moins alcoolisés. En revanche, c’est tout le contraire dans le Sud, où les récoltes approchent dangereusement de la limite des 15 % autorisés. Une frontière à ne pas dépasser si on veut profiter de l’appellation."

Face à ces menaces, les producteurs prennent donc les choses en main. Aux quatre coins du monde, des initiatives naissent pour s’adapter aux nouveaux standards climatiques à venir, souligne The Guardian. Afin de préserver les cépages, les domaines, l’identité des vins et de leurs arômes, et s’affranchir de la raréfaction des réserves d’eau, la résistance s’organise.

Délocalisation de vignobles

Vignoble à Sonoma, en Californie. (© Trent Erwin/Unsplash)

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Le quotidien britannique évoque notamment le projet de Randall Grahm, producteur de vin californien, qui travaille à la création de nouveaux cépages, capables de résister aux grandes chaleurs, de s’adapter à la sécheresse et d’être cultivés à sec, sans irrigation. Dans la vallée d’Itata, au Chili, le domaine De Martino a lui aussi suivi le même chemin vers la culture dite sèche.

La France, de son côté, n’échappe pas non plus à ces expérimentations. Arbres en bordure des vignes, croisement de cépages, panneaux solaires, correction des jus après récolte, les idées ne manquent pas, note Le Parisien. Certains, comme dans Languedoc, vont même jusqu’à délocaliser les parcelles "en plantant des pieds plus haut sur les coteaux, par exemple", quand d’autres, grâce à des moyens plus importants, vont jusqu’à envisager de déménager les vignes hors des terres historiques.

"Les maisons de champagne Taittinger et Vranken-Pommery ont d’ores et déjà acheté des terres en Angleterre, où le climat devient propice à l’élaboration de pétillants", précise le journal.

Pourtant, si les solutions face au réchauffement climatique ne semblent pas manquer, elles restent souvent très onéreuses pour les plus petits producteurs. Alors, il faut faire preuve d’imagination, de créativité et d’ingéniosité. Non pas par fantaisie, mais par simple instinct de survie.

Par Robin Panfili, publié le 20/09/2018